La vie des Saints, les pèlerinages sur la sainteté, le vie de l'église, la vie missionnaire
Conclusion.
Il faut attendre le XVIIe siècle pour que le culte du Sacré-Coeur trouve son autonomie. Auparavant le culte rendu au Coeur de Marie ne se distinguait pas du culte rendu au Coeur de Jésus. Jean Eudes associe les deux cultes de la Mère et du Fils. Puis Sainte Marguerite-Marie Alacoque promeut le culte du Sacré-Coeur qui devient culte public.
Au moment où l’Église catholique se heurte au jansénisme, au gallicanisme, l’apparition de ce nouveau culte insuffle un nouvel esprit, un retour aux sources.
La royauté de droit divin ne réagit pas, Louis XIV qu’il ait ou non reçu le message, fait rédiger la déclaration des Quatre Articles, étend la Régale pour renforcer son pouvoir absolu.
La royauté pratique une certaine dévotion au Sacré-Coeur, " traditionnelle " puisque Jésus est le Fils de Dieu et le Fils de Marie mais non particulière, spécifique. Église et royauté ne profitent pas de cette nouvelle dévotion pour relancer la christianisation du peuple français.
Il faut attendre le milieu du XIXe siècle et le Second Empire pour que le culte du Sacré-Coeur connaisse un essor important. La fête du Sacré-Coeur et les consécrations, églises, diocèses, communes, consécration universelle, tentent de conquérir ou reconquérir une population en pleine mutation sociale, industrielle. La consécration des familles symbolise un retour à une pratique plus personnelle que publique.
La guerre de 1870-1871 opère une cassure et une relance du message de 1689. Dés 1873 la construction de la basilique de Montmartre, reconnue d’utilité publique, payée par souscription, représente bien le temple élevé au Sacré-Coeur. A partir de 1890, nombre d’associations catholiques ont un drapeau écussonné au Sacré-Coeur. Paradoxalement le culte du Sacré-Coeur se développe sous la IIIe République.
La dévotion au Sacré-Coeur connaît son apothéose en 1917. Insignes, fanions, drapeaux circulent au front par millions; l’Eglise développe l’Intronisation du Sacré-Coeur dans les familles, autre forme de consécration.
En 1919, la France reconstruit ses régions dévastées, pleure ses morts. Une nouvelle France apparaît, vainqueur au prix d’un holocauste, en état de choc, souhaitant la " der des der ". Les préoccupations ne sont pas spirituelles, encore moins religieuses, il faut gagner la paix, construire une société civile plus juste. La paix religieuse s’instaure, les catholiques ont bien mérité de la patrie, même les prêtres sont morts au champ d’honneur.
Aussi la basilique de Montmartre fête-t-elle sa consécration du 16 au 19 octobre 1919, consécration interrompue par la guerre. Le cantique chanté le jour de la dédicace s’intitule " Merci mon Dieu ! Le Sacré-Coeur et la France ". La France élue de Dieu est sauvée par le Christ qui lui a donné la victoire comme jadis à Clovis et Jeanne d’Arc. Cette cérémonie nationale, qui rassemble l’ épiscopat français et le légat du Pape, on note l’absence des autorités civiles.
Marguerite-Marie Alacoque et Jeanne d’Arc sont canonisées le 13 mai 1920 par le pape Benoît XV. Le patriotisme religieux français reconnu par le Pape, confirme le rôle de la dévotion au Sacré-Coeur, y compris le drapeau par les références à ces saintes, et donne une impulsion nouvelle au culte en développant le pèlerinage de Paray-le-Monial.
Le successeur du pape Benoît XV, Pie XI, reprend dans son encyclique " Miserentissimus Redemptor " la vraie dévotion au Sacré-Coeur.
Entre les deux guerres, dans la foulée de la Victoire, les consécrations au Sacré-Coeur continuent, liées à la fête du Christ-Roi. Cette vie dynamique se développe à Montmartre face aux périls idéologiques.
La question du drapeau reparaît en 1940, pendant la " drôle de guerre ".
Mgr Flans, recteur de la Basilique, écrit dans la revue " Montmartre " de mars 1940 : << C’est comme pendant la guerre de 1914-1918, de toutes parts nous parviennent des invitations à lancer un mouvement en faveur de l’apposition du Sacré-Coeur sur le drapeau national.
Le 19 mai, à Notre-Dame de Paris, le gouvernement assiste à une cérémonie, une procession des reliques de sainte Geneviève se déroule à Paris. Cette piété publique, officielle, impensable vingt ans plus tôt, trouve son apogée le samedi 1er juin 1940 à Montmartre. Le cardinal Suhard, nouvel archevêque de Paris, consacre Paris et la France aux Sacrés-Coeurs de Jésus et Marie sur demande du gouvernement. Le chroniqueur de " Paris Soir " du 2 juin l940, écrit ::< Au premier rang des 50.000 fidèles, on reconnaissait Mme Lebrun, les ministres Sarraut, Marin, Ybarnegaray, Rollin, Héraud et Robert Schumann, les généraux Gouraud et de Castelnau. ". Le Maréchal Pétain, vice-président du Conseil, (cosignataire avec Malvy de la " Note aux armées " d’août 1917) n’assiste pas à la cérémonie.
Le Sacré-Coeur est entré dans l’Histoire de France comme un cheval de Troie. A chaque période dramatique certaines dévotions reviennent d’actualité. En ce qui concerne la Grande Guerre le temple existait, les consécrations ont toutes été faites, familles, patrie, mais par les autorités religieuses seules, la fête du Sacré-Coeur s’est bien déroulée le vendredi après l’octave, le drapeau du Sacré-Coeur a bien été déployé sur le champ de bataille, béni par les aumôniers. Par rapport au message de Marguerite-Marie il ne manque que la participation des autorités civiles. La République Française, neutre en affaires religieuses depuis 1905, gardera cette ligne de conduite.
Depuis la Seconde Guerre mondiale la dévotion au Sacré-Coeur rencontre la même foi même si elle paraît plus discrète. La pratique du Sacre-Coeur perdure dans la foi catholique et le Sacré-Coeur de Montmartre compte environ 10.000 adorateurs.
Sources.
Archives du Service Historique de l’Armée de Terre (S.H.A.T.) à Vincennes.
- 3e Hussards : 25 N 596
- 10e D.C.P. 24 N 3240 (10e Dragons)
- 3e B.T.C.A : 26 N 836
- 4e R.M.Z.T. : 25 N 514
-116e R.I : 25 N 108
-167e R.I. : 25 N 185
- 410e RI. : 25 N 351
Les Armées Françaises dans la Grande Guerre
Musée des Chasseurs à Vincennes
Archives de l’archevêché de Paris
Archives de l’archevêché de Lyon
Archives départementales, section moderne, du Rhône
Archives du Sacré-Coeur de Montmartre :
- cote 01 -04 : culte du Sacré-Coeur au front pendant la guerre 1914-1918 et la campagne de France (1939-1940). Lettres et listes de consécrations.
- cote 07-14 : dons pour l’inscription au livre d’or des soldats morts pour la France (1914-1918).
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