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La vie des Saints, les pèlerinages sur la sainteté, le vie de l'église, la vie missionnaire

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Don Guéranger - Saint Martin 6/6

SÉQUENCE.

 

        Sion, sois dans la joie en célébrant le jour où Martin, l'égal des Apôtres, triomphant du monde, est couronné parmi les habitants des cieux.

 

        C'est lui Martin, l'humble et le pauvre, le serviteur prudent, le fidèle économe : au ciel, à lui la richesse et la gloire, devenu qu'il est concitoyen des Anges.

 

        C'est lui Martin, qui catéchumène revêt un pauvre, et le Seigneur, dès la nuit suivante, a revêtu le manteau.

 

        C'est lui Martin, qui dédaignant les armes, offre d'aller sans nulle défense au-devant des ennemis ; car il est baptisé.

 

        C'est lui Martin, qui offrant l'hostie sainte, s'embrase au dedans par la divine grâce, tandis qu'un globe de feu apparaît sur sa tête.

 

        C'est lui Martin, qui ouvre le ciel, commande à l'océan, donne des ordres à la terre, guérit les maladies, chasse les monstres, ô l'homme incomparable !

 

        C'est lui Martin, qui ne craignit point de mourir, qui ne refusa point le labeur de vivre, et de la sorte à la divine volonté s'abandonna tout entier.

 

        C'est lui Martin, qui ne nuisit à personne ; c'est lui Martin, qui fit du bien à tous ; c'est lui Martin, qui plut à  la  trine Majesté.

 

        C'est lui Martin, qui renverse les temples, lui qui instruit dans la foi les gentils, et de ce qu'il enseigne leur donne en ses œuvres l'exemple.

 

        C'est lui Martin, qui sans pareil en mérites, rend la vie à trois morts ; maintenant il voit Dieu pour toujours.

 

        O Martin, pasteur excellent, ô vous qui faites partie de la céleste milice, défendez-nous contre la rage du loup furieux.

 

        O Martin, faites maintenant comme autrefois : offrez pour nous à Dieu vos prières ; souvenez-vous, pour ne jamais l'abandonner, de cette nation qui est vôtre.

Amen.

 

O saint Martin, prenez en pitié la profondeur de notre misère ! L'hiver, un hiver plus funeste que celui où vous partagiez votre manteau, sévit sur le monde ; beaucoup périssent dans la nuit glaciale causée par l'extinction de la foi et le refroidissement de la charité. Venez en aide aux malheureux dont le fatal engourdissement ne songe pas à demander de secours. Prévenez-les sans attendre leur prière, au nom du Christ dont se recommandait le pauvre d'Amiens, tandis qu'eux n'en savent plus trouver le nom sur leurs lèvres. Pire que celle du mendiant est cependant leur nudité, dépouillés qu'ils sont du vêtement de la grâce que se transmettaient, après l'avoir reçu de vous, leurs pères.

Combien lamentable est devenu surtout le dénuement de ce pays de France, que vous aviez rendu riche autrefois des bénédictions du ciel, et dans lequel vos bienfaits furent reconnus par de telles injures ! Daignez considérer pourtant que nos jours ont vu commencer la réparation, près du saint tombeau rendu à notre culte filial. Ayez égard à la piété des grands chrétiens dont le cœur sut se montrer,  comme la générosité des foules, à la hauteur des plus vastes projets; voyez, si réduit que le nombre en demeure encore, les pèlerins reprenant vers Tours le chemin que peuples et rois suivirent aux meilleurs temps de notre histoire.

Cette histoire qui fut celle des beaux jours de l'Eglise, du règne du Christ Roi, ô Martin, serait-elle finie ? Laissons l'ennemi sceller déjà en pensée notre tombe. Mais le récit de vos prodiges nous apprend qu'il vous appartient de redresser sur leurs pieds les morts mêmes. Le catéchumène de Ligugé n'était-il pas rayé du nombre des vivants (1), quand vous le rappelâtes à la vie, au baptême ? Fussions-nous comme lui déjà parmi ceux dont le Seigneur ne se souvient plus (2), l'homme ou le pays qui a Martin pour protecteur et pour père ne saurait abandonner l'espérance. Si vous daignez garder souvenir de nous, les Anges viendront redire au Juge suprême : C'est celui-là, c'est la nation, pour qui Martin prie ; et ils recevront l'ordre de nous retirer des lieux obscurs où végètent les peuples sans gloire, pour nous rendre à Martin, aux nobles destinées que nous valut sa prédilection (3).

Nous savons néanmoins que votre zèle pour l'avancement du règne de Dieu ne connut pas de frontières. Inspirez donc, fortifiez, multipliez les apôtres qui poursuivent sur tous les points du monde, comme vous le fîtes chez nous, les restes de l'infidélité. Ramenez l'Europe chrétienne, où votre nom est demeuré si grand, à l'unité que l'hérésie et le schisme ont détruite pour le malheur des nations. Malgré tant d'efforts contraires, gardez à son poste d'honneur, à ses traditions de vaillante fidélité, le noble pays où vous naquîtes. Puissent partout vos dévots clients éprouver que le bras de Martin suffit toujours à protéger ceux qui l'implorent.

 

1. Psalm. LXVIII, 29. — 2. Psalm. LXXXVII, 6. — 3. Sulpit. Sev. Vita, VII.

 

Au ciel aujourd'hui, chante l'Eglise, « les Anges sont dans la joie, les Saints publient votre gloire, les Vierges vous entourent et elles disent : « Demeurez avec nous toujours (4) ! » N'est-ce pas la suite de ce que fut votre vie sur terre, où vous et les vierges rivalisiez d'une vénération si touchante (5); où Marie leur Reine, accompagnée de Thècle et d'Agnès, se complaisait à passer déjà delongues  heures  en votre  cellule  de  Marmoutier, devenue, nous  dit  votre historien, l'égale  des pavillons des Anges (6) ? Imitant leurs  frères et sœurs du  ciel, vierges et moines, clercs et pontifes se tournent vers vous, sans nulle crainte que leur multitude ne nuise à aucun d'eux à vos pieds, sachant que votre seule vie suffit à les  éclairer tous, qu'un regard de Martin leur assurera les bénédictions du Seigneur.

Originaire d'Egypte, le soldat Mennas devint, après son martyre, le protecteur d'Alexandrie. Il n'est pas rare de rencontrer, encore aujourd'hui, des ampoules rapportées autrefois par les pèlerins qui les remplissaient de l'huile brûlant à son tombeau. Disons avec l'Eglise :

 

4. Ant. ad Magnificat in Iis Vesp. — 5. Sulpit. Sev. Dialog. I (II, 8, 12). — 6. Ibid. 13.

 

 

ORAISON.

 

        Accordez à  notre prière, Dieu tout-puissant, que nous, qui célébrons la naissance au ciel du bienheureux Mennas votre Martyr, soyons par son intercession fortifiés dans l'amour de votre nom. Par Jésus-Christ.

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