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La vie des Saints, les pèlerinages sur la sainteté, le vie de l'église, la vie missionnaire

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Don Guéranger - Saint Martin 2/6

7. Cardinal Pie, ubi supra.

 

 « On parle beaucoup aujourd'hui de raisonnement pour persuader les choses divines : c'est oublier l'Ecriture et l'histoire; et, de plus, c'est déroger. Dieu n'a pas jugé qu'il lui convînt déraisonner avec nous. Il a affirmé, il a dit ce qui est et ce qui n'est pas ; et, comme il exigeait la foi à sa parole, il a autorisé sa parole. Mais comment l'a-t-il autorisée ? En Dieu, non point en homme; par des œuvres, non par des raisons : non in sermone, sed in virtute ; non par les arguments d'une philosophie humainement persuasive : non in persuasibilibus humanae sapientiae verbis, mais par le déploiement d'une puissance toute divine : sed in ostensione spiritus et virtutis. Et pourquoi ? En voici la raison profonde : Ut fides non sit in sapientia hominum, sed in virtute Dei : afin que la foi soit fondée non sur la sagesse de l'homme, mais sur la force de Dieu (8). On ne le veut plus ainsi aujourd'hui ;  on nous dit qu'en Jésus-Christ le théurge fait tort au moraliste, que le miracle est  une tache dans ce sublime idéal. Mais on n'abolira point cet ordre, on n'abolira ni l'Evangile nil'histoire. N'en déplaise aux lettrés de notre siècle, n'en déplaise aux pusillanimes qui se font  leurs  complaisants,  non seulement le Christ a fait des miracles, mais il a fondé la foi sur des  miracles ; et le même Christ,  non pas pour confirmer ses propres miracles qui sont l'appui des autres,  mais par pitié pour nous  qui sommes prompts à l'oubli, et qui  sommes plus impressionnés de ce que  nous voyons que de ce que nous entendons, le même Jésus-Christ a mis dans l'Eglise, et pour jusqu'à la fin, la vertu des miracles. Notre siècle en a vu, il en verra encore ; le quatrième siècle eut principalement ceux de Martin.

« Opérer des prodiges semblait un jeu pour lui ; la nature entière pliait à son commandement. Les animaux lui étaient soumis : a Hélas! s'écriait un jour le saint, les serpents m'écoutent, et les hommes refusent de m'entendre. » Cependant les hommes l'entendaient souvent. Pour sa part, la Gaule entière l'entendit ; non seulement l'Aquitaine, mais la Gaule Celtique, mais la Gaule Belgique. Comment résister à une parole autorisée par tant de prodiges? Dans toutes ces provinces, il renversa l'une après l'autre toutes les idoles, il réduisit les statues en poudre, brûla et démolit tous les temples, détruisit tous les bois sacrés, tous les repaires de l'idolâtrie. Etait-ce légal, me demandez-vous ? Si j'étudie la législation de Constantin et de Constance, cela l'était peut-être. Mais ce que je puis dire, c'est que Martin, dévoré du zèle de la maison du Seigneur, n'obéissait en cela qu'à l'Esprit de Dieu. Et ce que je dois dire, c'est que Martin, contre la fureur de la population païenne, n'avait d'autres armes que les miracles qu'il opérait, le concours visible des anges qui lui était parfois accordé, et enfin, et surtout, les prières et les larmes qu'il répandait devant Dieu lorsque l'endurcissement de la multitude résistait à la puissance de sa parole et de ses prodiges. Mais, avec ces moyens, Martin changea la face de notre pays. Là où il y avait à peine un chrétien avant son passage, à peine restait-il un infidèle après son départ. Les temples du Dieu vivant succédaient aussitôt aux temples des idoles ; car, dit Sulpice Sévère, aussitôt qu'il avait renversé les asiles de la superstition, il construisait des églises et des monastères. C'est ainsi que l'Europe entière est couverte de temples qui ont pris le nom de Martin (9). »

La mort ne suspendit pas ses bienfaits ; eux seuls expliquent le concours ininterrompu des peuples à sa tombe bénie. Ses nombreuses fêtes au cours de l'année, Déposition ou Natal, Ordination, Subvention, Réversion, ne parvenaient point à lasser la piété des fidèles. Chômée en tous lieux (10), favorisée par le retour momentané des beaux jours que nos aïeux nommaient l'été de la Saint-Martin, la solennité du XI novembre rivalisait avec la Saint-Jean pour les réjouissances dont elle était l'occasion dans la chrétienté latine. Martin était la joie et le recours universels.

        Aussi Grégoire de Tours n'hésite pas à voir dans  son  bienheureux prédécesseur  le  patron spécial du monde entier (11) ! Cependant moines et clercs, soldats, cavaliers, voyageurs et hôteliers enmémoire de ses longues pérégrinations, associations de charité sous toutes formes en souvenir du manteau d'Amiens, n'ont point cessé de faire valoir leurs titres aune plus particulière bienveillance du grand Pontife. La Hongrie, terre magnanime qui nous le donna sans épuiser ses réserves d'avenir, le range à bon droit parmi ses puissants protecteurs. Mais notre pays l'eut pour père : en la manière que l'unité de la foi fut chez nous son œuvre, il présida à la formation de l'unité nationale ; il veille sur  sa durée; comme le pèlerinage de Tours précéda celui de Compostelle en l'Eglise, la chape de saint Martin conduisit avant l'oriflamme de saint Denis nos armées au combat (12). Or donc, disait Clovis, « où sera l'espérance de la victoire, si l'on offense le bienheureux Martin (13) ? » 

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