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Texte libre

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" Marthe, pensez-vous que la France ait encore un avenir spirituel ?"
Elle a poussé une sorte de cri et a dit : "Ah, ça j'y crois beaucoup !" Elle l'a dit avec une force dans la voix, comme une jaillissement de son coeur....  
PERE BERNARD PEYROUS   

L’arc-en-ciel de la vocation chrétienne est devenu presque infini ; l’éventail des réalisations de la sainteté le sera tout autant.

Mgr Jean-louis Bruguès, o.p. 

 

Jean-Paul II et la France envoyé par paristocrate 

Biographie de Jean-Paul II envoyé par paristocrate 

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"La chose la plus horrible dans notre monde aujourd'hui, c'est la communion
dans la main"
(Mère Teresa, 23 mars 1989, dans The Wanderer, Pakistan).

Texte libre

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Joli chemin n’allonge pas 

 Prière ne retarde pas, 

Et aumône n’appauvrit pas.   

 

Sous le pommier,

Proverbes de la Terre,

par Henri Pourrat,

éd Dominique Martin Maurin 

 

 ___________________________ 

J'ai rêvé que la vie est joie.
Je me suis réveillé et j'ai vu

que la vie est devoir.
J'ai accompli mon devoir et

j'ai réalisé que le devoir est Joie.  

Tagore 

JMJ SYDNEY 2008
envoyé par Le_Bon_Larron

 ____________________________

 La science prétend aujourd’hui que l’univers est vide et muet Je ne crois pas que l’univers soit muet, je crois plutôt que la science est dure d’oreille…

L’œil qui scrute, qui analyse,
qui dissèque, doit être réconcilié avec l’œil qui vénère et qui contemple…


Il nous faut apprendre maintenant
à vivre en pratiquant à la fois la science et la poésie ;
Il nous faut apprendre à garder 
les deux yeux ouverts en même temps

Hubert Reeves (Il y eut un matin ) 

 


Saint(e)s envoyé par Le_Bon_Larron 
  

Cantique des trois enfants dans la fournaise (Daniel 3, 51 sq, extraits)

Toutes choses germant sur la terre, bénissez le Seigneur !
Sources et fontaines, bénissez le Seigneur !
Vous tous, oiseaux du ciel, bénissez le Seigneur !
Vous tous, bêtes et bestiaux, bénissez le Seigneur !
Vous, enfants des hommes, bénissez le Seigneur !
Vous, saints et humbles de cœur, bénissez le Seigneur !
A Lui haute gloire, louange éternelle!


"Je vous donnerai, dit Jérémie, des pasteurs selon mon coeur." (3,15)

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8 octobre 2010 5 08 /10 /octobre /2010 21:44

SAINT DENIS L’AREOPAGITE,

Premier évêque d’Athènes et de Paris,

Saint rustique et saint éleuthère, ses compagnons,

Martyrs

 

Vers l’an 117. – Pape : Saint Alexandre. – Empereur romain : Adrien.

 Anceps carnificis contremuit manus :

 Firma mente stetit nil metuens senex.

 Christo, quem moriens praedicat, obtulit

Pulchrum canitie caput.

 

 Pendant que tremble la main du bourreau, sur le

 Visage du vieillard martyr rayonne un calme divin.

 Au Christ qu’il prêche encore de sa voix mourante,

 il offre sa tête, belle de blancheur.

Santeuil.

 

 

L’Eglise et la France n’ont rien eu de plus grand après les Apôtres que ce glorieux évêque et martyr, qui a mérité, par la hauteur de ses connaissances, d’être surnommé le céleste et le divin. Il naquit à Athènes, l’une des premières villes de la Grèce, dans la neuvième année du Fils de Dieu. Ses parents étaient des plus considérables de cette République, et ils eurent soin de lui donner une bonne éducation (autant que l’on en était capable dans les erreurs du paganisme où ils étaient plongés) et de le faire avancer dans l’étude des lettres. Lorsqu’il se fut perfectionné dans la rhétorique et la philosophie, qui étaient en grande estime dans le lieu de sa naissance, il fit un voyage à Héliopolis, en Egypte, pour y apprendre les mathématiques et l’astrologie. Ce fut là que, à l’âge de vingt-cinq ans, s’appliquant avec un soin extraordinaire à la considération des astres, avec un sophiste nommé Apollophane, il vit cette éclipse, surprenante et contraire à la nature, du soleil, au temps de la pleine lune, lors de la Passion du Fils de Dieu. « Qu’est-ce cela ? » dit-il à son ami, « que peut signifier ce prodige si nouveau et si extraordinaire ? » - « C’est un signe », répondit le sophiste, « qu’il y a quelque changement dans les choses divines ». Il assure lui-même, dans ses Epîtres à saint Polycarpe, et au même Appolophane, que cet astrologue lui avait fait cette réponse plutôt par inspiration divine que par les lumières d’une connaissance naturelle. Et pour lui, admirant de plus en plus les merveilles de ce phénomène dont il ne pouvait pénétrer la cause, il s’écria : « Ou le Dieu de la nature souffre, ou toute la machine du monde va se détruire et retourner dans son ancien chaos ». Michel Syngèle et Suidas rapportent différemment l’un et l’autre cette exclamation ; mais le sens est presque le même, et nous y voyons toujours que Notre-Seigneur jetait déjà dans son âme des semences de sa conversion et de sa vocation à la vie apostolique.

Etant retourné à Athènes, il y fut regardé comme un trésor d’érudition et de sagesse, et comme un sujet capable des principaux emplois de la République ; il y fut, en effet, bientôt élevé à une des premières magistratures qui était celles des archontes, c’est-à-dire des neuf hommes qui avaient le gouvernement de la ville. Saint Jean Chrysostome et saint Ambroise disent qu’il se maria et que Damaris, qui se convertit avant lui, selon le témoignage de saint Luc, aux Actes des Apôtres, était sa femme. D’autres croient qu’il est toujours demeuré dans le célibat. Il s’acquitta si dignement et avec une satisfaction si universelle de la charge qui lui avait été donnée, qu’on le choisit enfin pour être un des conseillers du célèbre sénat de l’Aréopage. Ce sénat était par toute la Grèce dans une très-haute réputation d’intégrité et de justice, et personne n’y avait entrée qu’il n’eût donné longtemps des preuves d’un parfait désintéressement et d’une équité tout à fait incorruptible. Il faut donc croire, ou que Denis était déjà âgé quand il y entra, ou qu’on remarqua en lui, dans sa jeunesse même, une si grande maturité de jugement, et des mœurs si bien réglées, qu’on se persuada qu’on pourrait passer en sa faveur par-dessus les règles ordinaires. Quelques auteurs grecs, Siméon Métaphraste et Michel Syngèle, assurent qu’il fut même prince de ce sénat ; et ce dernier ajoute qu’il ne faut pas s’en étonner, puisque non-seulement il était le plus éloquent des orateurs, le plus subtil des philosophes et le plus éclairé des astronomes, mais qu’il surpassait aussi tous les autres aréopagites en noblesse, en prudence et en vertu.

Voilà ce que l’antiquité nous apprend de Denis, avant qu’il fût éclairé des lumières de l’Evangile. Pour sa conversion, elle est décrite par saint Luc, au chapitre viie des Actes des Apôtres. Saint Paul, étant venu à Athènes et voyant cette ville plus plongée que toutes les autres de la Grèce dans la superstition et l’idolâtrie, s’appliqua avec un zèle incroyable à dissiper ces ténèbres en faisant connaître la vérité d’un seul Dieu. Tantôt il prêchait les Juifs dans leur synagogue, pour leur découvrir l’accomplissement des promesses de la loi dans la venue de Jésus-Christ ; tantôt il abordait dans les places publiques des Stoïciens, des Epicuriens et d’autres philosophes, pour les convaincre par des raisons évidentes de la fausseté du paganisme et de la nécessité de reconnaître un seul auteur de toutes choses.

Ces philosophes l’écoutèrent quelque temps avec patience, tâchèrent d’éluder par des subtilités la force invincible de ses arguments ; mais voyant enfin qu’ils ne pouvaient y résister et que d’ailleurs il leur annonçait une doctrine contraire aux principes de la philosophie, comme l’incarnation du Verbe et la résurrection des morts, ils le traînèrent à l’Aréopage pour y être jugé et condamné comme un semeur de nouveautés. Ce fut dans cet auguste théâtre, où les plus fortes têtes de la Grèce étaient assemblées, que ce divin Apôtre fit paraître la profondeur de son érudition et sa sagesse toute céleste. Il prit pour sujet de son discours une inscription qu’il avait trouvée dans la ville, au-dessus d’un autel, portant ces mots : Ignoto Deo : « Au Dieu inconnu » ; et il parla si excellemment de la nécessité de connaître et d’adorer ce Dieu, créateur du ciel et de la terre, qu’ils ne connaissaient point, et de quitter le culte des idoles d’or, d’argent, de pierre et de bois qu’ils avaient adorées jusqu’alors, que plusieurs se rendirent à ses raisons. Le principal de ceux qui s’attachèrent à l’Apôtre fut notre Denis l’Aréopagite ; il renonça à la superstition de l’idolâtrie, et quitta même les emplois de la vie séculière, pour se faire un parfait disciple de Jésus-Christ. Ce fut un grand sujet d’étonnement et en même temps de consolation pour lui, lorsqu’il découvrit, dans ses entretiens avec saint Paul, que l’éclipse extraordinaire qu’il avait aperçue à Héliopolis, à l’âge de vingt-cinq ans, et dont il avait marqué le jour, l’heure et le moment, était justement arrivée au temps de la Passion du Sauveur, comme signe du deuil que toute la nature en concevait. Il fut merveilleusement confirmé par cette rencontre dans la soumission à l’Evangile, dont il avait déjà fait profession, et c’est ce qui lui fait dire, dans son Epître à Saint Polycarpe, que l’éclipse qu’il avait vue l’avait fait passer de l’erreur à la vérité, des ténèbres à la lumière, de la mort à la vie, et du culte abominable des simulacres à la connaissance du vrai Dieu. Un savant auteur dit que ce fut pour saint Denis que Notre-Seigneur conduisit saint Paul à Athènes ; et nous pouvons ajouter que ce fut aussi pour lui qu’il procura cette grande éclipse qui devait, par ses ténèbres, dissiper les siennes et le faire entrer dans le beau jour du christianisme.

Il eut de grands combats à soutenir dans les commencements de sa conversion ; car, excepté ceux qu’une passion aveugle faisait prétendre au rang qu’il possédait dans l’Aréopage, nul ne pouvait voir qu’avec douleur que cet illustre sénat fût privé d’un juge si intègre et si éclairé. Ses parents s’opposèrent de toutes leurs forces à sa résolution et tâchèrent de l’en détourner, en lui remontrant le tort qu’il faisait à toute sa famille et à lui-même, en quittant une place que les plus sages de la République regardaient comme l’objet le plus digne de leur ambition. Mais la grâce de Jésus-Christ fut plus forte en lui que la nature, et rien ne fut capable d’ébranler sa constance et de lui faire abandonner la résolution qu’il avait prise de se conformer à la vie pauvre et humiliée de son Sauveur.

Comme il ne fut pas longtemps à être parfaitement instruit de tous nos mystères, saint Paul lui conféra bientôt le sacrement du Baptême. Ensuite, il lui fit part de ces hautes lumières qu’il avait reçues dans son ravissement au troisième ciel, autant qu’elles pouvaient être expliquées par des paroles sensibles. Il le mena, pour cela, avec lui pendant trois ans dans plusieurs de ses voyages, le forma aux vertus évangéliques et aux travaux de la prédication. Denis eut aussi pour maître et pour directeur le divin Hiérothée, comme il e témoigne lui-même dans son livre des Noms divins, chapitre ii, et il apprit de lui de grands secrets sur les différentes manières de connaître Dieu, sur l’unité, la distinction et circumincession des personnes divines et sur d’autres sujets très-élevés et très-spirituels. Enfin, le nombre des chrétiens s’étant augmenté dans Athènes, saint Paul, dont la sollicitude s’étendait sur toutes les Eglises, leur donna Denis pour évêque. On ne peut assez dignement décrire sa conduite toute sainte et ses vertus éminentes dans l’épiscopat. Il se fit une image vivante de la mortification, du zèle et de la charité de l’Apôtre. Il traitait son corps avec une rigueur impitoyable.

Le jeûne et l’abstinence étaient son aliment le plus agréable. Il s’appliquait assidûment à la lecture, à l’oraison et à la contemplation des vérités éternelles. La présence de Dieu faisait toutes ses délices ; et s’élevant à lui tantôt par affirmation, tantôt par négation, tantôt par un simple regard de sa majesté infinie, sans nulle distinction d’attributs et de perfections, tantôt par un goût et une connaissance expérimentale de ce qu’il est, il vivait plus en lui et de lui qu’en soi-même et de soi-même. Cette occupation intérieure le détacha si fort des sens et de toutes les affections sensibles, qu’il devint un homme tout céleste. Les plus grands avantages de la terre ne lui paraissaient plus que comme de la boue. Jésus-Christ était son trésor, et il ne connaissait plus d’autre bien que de le servir, de lui plaire et de jouir éternellement de lui. L’humilité, la patience, la douceur, la chasteté et la simplicité de cœur étaient en lui dans un degré très-éminent, et il faisait toute son étude de faire mourir en soi le vieil homme, afin de n’être plus revêtu que du nouveau. Nonobstant tous ces exercices de la vie intérieure, il ne laissait pas de s’appliquer avec une vigueur admirable à tous les devoirs de la vie apostolique. Il prêchait souvent son peuple, et il le faisait avec tant de zèle et de feu, qu’il enflammait de l’amour divin tous ceux qui avaient le bonheur de l’entendre. Sa charité n’était pas renfermée dans les murs d’Athènes ; il en sortait souvent pour aller porter aux environs la lumière de l’Evangile, et il grossit, par ce moyen, si notablement son troupeau, qu’il en fit une des Eglises les plus considérables de la Grèce.

Nous pouvons juger par ce qu’il écrit dans son livre de la Hiérarchie ecclésiastique, quel règlement il établit dans sa propre église. Il en fit comme une copie de la hiérarchie céleste, par la distinction qu’il mit entre les membres différents qui la composent. L’évêque en faisait le premier ordre, les prêtres le second, et les ministres ou diacres le troisième. Il divisa aussi les laïques en trois classes : la première était celle des religieux, c’est-à-dire des personnes séparées du commerce du monde et entièrement dédiées au culte de Dieu ; la seconde, celle du peuple saint et fidèle, lequel, étant encore dans l’innocence du baptême, ou ayant recouvré la grâce par l’expiation de la pénitence, était jugé digne de la vue et de la participation des saints mystères ; et, sous ces deux, il en comprend une troisième, qui mérite néanmoins le second rang : c’est celle des vierges, dont saint Paul parle avec tant d’honneur au chapitre viie de sa première Epître aux Corinthiens. Il reste encore ceux qui n’étaient pas admis à la communion de l’Eucharistie, dont il distingue trois sortes, savoir : les pénitents, que leurs crimes commis après le Baptême excluaient pour un temps de la sainte Table ; les possédés ou énergumènes, que l’on ne souffrait pas dans l’église pendant la célébration de la messe, à cause des violences que les esprits immondes leur faisaient commettre ; et les catéchumènes qui, n’étant pas baptisés, ne pouvaient pas avoir part à l’aliment céleste et divin des fidèles. Pour ces personnes si différentes, il marqua trois lieux différents dans le temple, qui répondaient à ce que nous appelons le chœur, la nef et le porche. Le premier était pour l’évêque, les prêtres et les lévites, et c’était là qu’ils chantaient les louanges de Dieu et qu’ils célébraient les mystères redoutables de notre rédemption. Le second était pour les religieux, les vierges et le peuple, où ils faisaient leurs prières, entendaient la parole de Dieu, et se préparaient à la sainte communion. Car en ce temps-là les religieux n’étaient pas encore distingués du corps des laïques, et n’avaient pas des oratoires et des temples particuliers pour célébrer les divins offices. Il y avait seulement pour eux un endroit séparé hors le chœur, qui approchait plus près de l’autel que celui où se tenait le reste du peuple. Enfin, le troisième était pour les pénitents, les énergumènes et les catéchumènes, où ils attendaient avec impatience d’être purifiés, pour pouvoir approcher de la source de toute pureté, qui est l’Eucharistie. Ainsi l’église d’Athènes florissait sous la conduite d’un si sage pasteur, et était de tous côtés la bonne odeur de Jésus-Christ. D’ailleurs ce saint Evêque avait un commerce de lettres avec les plus grands hommes du Christianisme naissant. Nous avons encore celles qu’il a écrites à Tite, à Timothée, à Polycarpe et à d’autres prédicateurs de l’Evangile, qui sont pleines de l’esprit de Dieu et de la science des Saints. Quelques auteurs même ont assuré qu’il écrivit aussi à la sainte Vierge, et qu’il eut le bonheur de la voir à Ephèse, lorsqu’elle y fit un voyage avec saint Jean l’Evangéliste ; mais ces deux faits sont incertains, et nous n’en avons point de témoignage dans l’antiquité.

Ce qui est plus assuré, et ce qu’il nous apprend lui-même dans son livre des Noms divins, c’est qu’il eut la consolation de se trouver à Jérusalem au temps de son décès et d’y être témoin des merveilles qui s’y passèrent, avec saint Pierre, saint Jacques, saint Hiérothée et quantité d’autres saints personnages qui s’y étaient assemblés, comme nous l’avons remarqué dans le discours sur la fête de l’Assomption. Nous savons que ces paroles ont causé quelques discussions entre les savants : les uns prétendant qu’il parlait de la Mère de Dieu, et d’autres qu’il ne parlait que du sépulcre de Notre-Seigneur ; mais saint Juvénal, saint André de Crète, saint Maxime, martyr, saint Jean Damascène, saint Grégoire de Tours, saint Ildefonse et le bienheureux Albert le Grand, les ont expliquées de la sainte Vierge.

Il n’y a que quelques auteurs peu considérables qui les aient appliquées au sépulcre du Sauveur ; le texte seul fait assez voir que ce grand Docteur a voulu nous apprendre qu’il se trouvait aux obsèques de cette divine mère. Voici comme il parle à Timothée dans l’éloge admirable qu’il fait de saint Hiérothée. « Vous savez », lui dit-il, « que lorsque nous et lui-même, et plusieurs de nos bienheureux frères, nous assemblâmes pour voir ce corps qui a donné le principe à la vie et qui a reçu Dieu dans son sein d’une manière ineffable, saint Hiérothée était, après les Apôtres, le premier et le plus excellent de ceux qui louent la divine bonté ». Quel peut être ce corps qui a donné le principe à la vie et qui a reçu Dieu dans son sein d’une manière si éminente, sinon le corps de l’auguste Marie, dont la chair de Jésus-Christ a été formée et qui l’a porté neuf mois dans son sein virginal ? Pour le sépulcre, ce serait une manière impropre que de l’appeler le corps et de lui attribuer le principe de la vie : car, bien qu’il soit le lieu où Jésus-Christ a repris la vie, il n’a point, néanmoins, concouru à cette merveille et il n’en peut être légitimement appelé la cause ou le principe. D’ailleurs, remarque fort bien le cardinal Baronius, les Apôtres avaient souvent vu ce saint sépulcre : pourquoi auraient-ils fait en ce temps une assemblée si solennelle et si extraordinaire pour le voir et pour chanter tout autour des hymnes et des cantiques en l’honneur de Dieu ? Au reste, quoiqu’on tienne communément qu’en cette occasion les Apôtres furent transportés miraculeusement à Jérusalem par le ministère des anges, nous n’avons pourtant point de preuves qui nous obligent de dire la même chose de saint Denis. Il peut s’y être rendu par les voies ordinaires, à la suite d’une inspiration du Saint-Esprit, d’autant plus que le trajet d’Athènes à Jérusalem, qui se fait par mer, n’est pas de longue durée, et qu’il pouvait alors être occupé encore plus près à la prédication de l’Evangile. Cet honneur qu’il avait reçu et les merveilles qu’il avait vues, tant à la mort qu’à la sépulture de notre Reine, et encore à son tombeau lorsqu’on l’ouvrit en faveur de saint Thomas, lui donna toute sa vie une estime, une affection et un respect particuliers pour elle : comme il paraît par l’église qu’il fit bâtir en son honneur à Paris, et par l’amitié singulière qu’il contracta avec saint Jean, que Notre-Seigneur avait donné à sa Mère pour gardien, pour économe et pour fils.

Après son retour à Athènes, il s’appliqua avec une ferveur nouvelle à la sage conduite de son diocèse. Il réprimait le vice et le relâchement par la sévérité de ces censures, et animait à la vertu par l’exemple de ses vertus et par ses paroles tout enflammées. Il élevait les âmes aux plus éminents degrés de l’oraison et de l’union avec Dieu, par une direction parfaitement éclairée et par une science expérimentale des conduites extraordinaires et surnaturelles. Son zèle le porta encore à faire plusieurs missions pour détruire le culte des démons et gagner des cœurs à Jésus-Christ. Pendant son absence, un des religieux de son église, Démophile, animé d’un zèle impatient et indiscret, voyant un pécheur aux pieds d’un prêtre pour recevoir l’absolution et la pénitence, et le prêtre disposé à les lui accorder, s’irrita tellement contre tous les deux qu’après avoir reproché au prêtre sa lâcheté et sa trop grande indulgence envers les impies, il se jeta sur le pénitent, l’arracha violemment du tribunal sacré, et le chassa bien loin à coups de pied. Ensuite il entra dans le sanctuaire, où les religieux de ce temps-là ne pouvaient pas entrer, et eut la hardiesse d’en faire sortir le prêtre, comme un homme qui déshonorait son caractère par une condescendance criminelle. Son aveuglement fut si grand, que, croyant avoir fait une bonne action, il en informa son évêque et lui en demanda l’approbation ; le prêtre, de son côté, en fit ses plaintes comme d’un attentat inouï et qui tournait au déshonneur de tout l’ordre sacerdotal. Là-dessus saint Denis écrivit une lettre admirable à Démophile, après lui avoir remontré l’énormité de sa faute, premièrement par plusieurs exemples de douceur, rapportés dans l’Ecriture, et puis par la disproportion de son état avec celui du prêtre, qu’il avait eu la hardiesse d’outrager ; il lui raconta enfin un fait digne de mémoire, qui était arrivé à un de ses disciples nommé Carpus. Celui-ci était un très-saint prêtre qui jamais ne s’approchait des saints autels sans avoir été consolé par quelque vision. Il arriva néanmoins qu’un certain infidèle, ayant débauché et perverti un chrétien, le bon Carpus en fut si sensiblement touché, qu’il pria Dieu de faire tomber les foudres du ciel sur l’un et sur l’autre de ces impies, pour les exterminer. Lorsqu’il eut fait cette prière, il se coucha tout indigné ; mais s’étant levé à minuit, selon sa coutume, pour chanter les louanges de Dieu, il lui sembla que la maison où il était se fendait par le milieu, que le ciel s’ouvrait, que Jésus-Christ y apparaissait avec ses anges, et que de son tribunal tombait une pluie de feu pour consumer tous les pécheurs. Puis jetant sa vue en bas, il aperçut une horrible ouverture, d’où sortait une multitude de serpents qui, s’entortillant dans les jambes de ces deux misérables, les entraînaient dans le principe. Ce spectacle lui donna beaucoup de joie, et il lui tardait d’en voir la fin, par la chute de l’infidèle et de l’apostolat dans les flammes vengeresses de l’enfer ; pendant qu’il s’entretenait dans ses désirs, par un zèle immodéré de la justice, ayant une seconde fois levé les yeux vers le ciel, il vit Notre-Seigneur descendre de son trône et venir avec la compagnie de ses anges, pour donner la main à l’un et à l’autre, afin de les délivrer de la rage envenimée de ces serpents. Carpus fut for surpris d’une charité si contraire à sa rigueur ; mais il le fut bien davantage lorsque Notre-Seigneur, lui adressant la parole, lui dit : « Frappe-moi si tu veux, Carpus, et décharge ta colère sur ma propre personne ; je suis prêt à recevoir tes coups et même à mourir une autre fois pour les hommes. Ce que je demande, ce n’est pas qu’ils soient punis, mais qu’ils cessent de pécher et de se rendre dignes des peines éternelles ». Ce fut assez dire pour corriger ce bon prêtre et pour lui faire concevoir ce qui est écrit dans Ezéchiel, que Dieu ne veut pas la mort du pécheur, mais qu’il se convertisse et qu’il vive. Et, par cet exemple que saint Denis avait appris de la bouche de Carpus même, dans l’île de Crète, où on l’avait fait évêque, il confondit aussi le faux zèle de Démophile, et lui apprit qu’il ne faut jamais rejeter les pécheurs qui ont recours au remède salutaire de la pénitence.

Si cette lettre eut un si bon effet, il ne fut pas moins heureux dans les efforts qu’il fit pour gagner Apollophane, ancien compagnon de ses études. Celui-ci avait été extrêmement indigné de la conversion de saint Denis, et ne pouvait s’empêcher, dans les occasions, de s’emporter avec furie et de vomir mille injures contre lui ; il l’appelait un impie et un parricide, parce qu’il se servait des sciences qu’il avait puisées dans les écoles de la Grèce pour combattre les sentiments des Grecs touchant la divinité. Saint Polycarpe fut souvent témoin de ces emportements et de ces excès ; il tâcha de les arrêter par sa douceur et entreprit même de gagner à Jésus-Christ ce sophiste, qui semblait n’avoir de la susceptibilité que pour combattre la croyance et les maximes de notre religion. Mais comme la chose tirait en longueur et qu’Apollophane continuait toujours ses médisances contre notre Saint il jugea à propos de lui en donner avis. C’est ce qui nous a valu la lettre admirable de Denis à Polycarpe s’en servit si avantageusement, qu’il adoucit enfin son esprit et qu’il le persuada de quitter la vanité des idoles, que toute la véritable philosophie condamnait, pour adorer un seul Dieu subsistant en trois Personnes, et un seul Jésus-Christ, Sauveur et Libérateur du monde, la seconde de ces trois Personnes. On ne peut concevoir la joie que saint Denis ressentit de ce changement. Il mit aussitôt la main à la plume et écrivit à Apollophane, pour lui témoigner et le féliciter du bonheur qui lui était arrivé, de connaître et de confesser la vérité. Cette lettre est merveilleuse et pleine d’une onction céleste. Elle commence par ces mots : « Je vous adresse maintenant la parole, ô l’amour de mon cœur », et elle finit par ceux-ci : « Maintenant, je mourrai joyeux en Jésus-Christ, qui est mon être et ma vie, puisque vous-même avez reçu la vie ». On ne sait pas précisément quand il écrivit ces deux lettres. Tout ce que nous pouvons dire touchant sa chronologie, c’est qu’il fut converti l’an 50 du salut, environ à l’âge de quarante ans, qu’il alla à Jérusalem et assista au trépas de la sainte Vierge, l’an 56 ou 57, et que jusqu’au temps de saint Clément, pape, il fit diverses missions dans la Grèce et l’Asie pour la propagation de l’Evangile. C’est pendant cet intervalle, auquel Néron, Galba, Othon, Vitellius, Vespasien, Tite, Domitien et Nera, tinrent successivement le siége de l’empire romain, qu’il alla en Achaïe, où saint André avait déjà enduré le martyre, afin d’y fortifier les nouveaux fidèles dans la doctrine qu’ils avaient reçue de cet apôtre : ensuite, passant la mer, et parcourant une infinité de villes et de bourgades, qui étaient sur sa route, il se rendit en Phrygie, où il demeura quelque temps à Troade ; et enfin il vint à Lacédémone, cette célèbre émule d’Athènes, où le cardinal Baronius croit qu’il écrivit à saint Jean l’Evangéliste, relégué par Domitien dans l’île de Pathmos, cette lettre prophétique dans laquelle il l’assure, non-seulement qu’il sera délivré de son exil et qu’il retournera en Asie, mais aussi qu’il y écrira son Evangile et qu’ils auront la consolation de s’y embrasser. Peu de temps après, cette prophétie commença de s’accomplir ; en effet, Domitien étant mort, et le Sénat ayant cassé tous ses arrêts, à cause de leur trop grande cruauté, saint Jean eut la liberté de sortir de Pathmos, où il avait composé son Apocalypse, et de retourner à Ephèse ; saint Denis l’y alla trouver, et ils eurent ensemble une conversation toute céleste. Ce fut apparemment dans cet entretien qu’il conçut le dessein de passer en Occident, pour y travailler à la rune de l’idolâtrie. Saint Jean lui représenta l’état déplorable où étaient les belles et riches provinces de l’Europe, la multitude infinie des âmes qui s’y perdaient tous les jours, pour être privées de la connaissance des vérités et des remèdes du salut, le peu d’ouvriers qui y étaient, pour arrêter le cours de tant de maux et la nécessité d’y en envoyer de l’Orient, où ils étaient en plus grand nombre. Denis, tout âgé qu’il était, car il ne pouvait pas avoir moins de soixante-dix-huit ans, s’offrit pour entreprendre ce travail et aller trouver saint Clément, successeur de saint Pierre, pour lui communiquer son dessein. L’Apôtre approuva son zèle et lui donna pour cela sa bénédiction.

Ainsi notre Saint, laissant pour son successeur à Athènes saint Publius, que saint Paul avait converti et baptisé avec toute sa famille dans l’île de Malte, et prenant avec lui saint Rustique, prêtre, et saint Eleuthère, diacre, traversa la mer et vint à Rome, où il se présenta à saint Clément, disposé à aller où il jugerait plus à propos, travailler à la vigne du Fils de Dieu. Le saint Pape eut une joie incroyable de cette résolution, sachant le mérite de ce grand homme, l’abondance des grâces dont Notre-Seigneur l’avait comblé, et son éloquence divine, capable de toucher les cœurs les plus endurcis. Comme il n’y eut point d’ecclésiastique à Rome qui ne souhaitât de marcher sous l’étendard d’un si brave capitaine, il n’eut pas de peine à lui former une nombreuse compagnie de prédicateurs apostoliques pour partir avec lui. Le champ de bataille qu’il lui proposa, ce furent les Gaules avec une partie des Espagnes, où à la vérité saint Paul avait passé et laissé quelques-uns de ses disciples, mais qui, néanmoins, dans la plupart des provinces, n’avaient pas encore entendu parler de la doctrine de l’Evangile. Pour les compagnons qu’il lui donna, on n’en sait pas le nombre au juste. Cependant on pense qu’il lui en donna peu d’abord, mais que dans la suite il lui envoya de saintes recrues, selon que l’espérance de la moisson augmentait ou qu’il se présentait de nouveaux ouvriers capables d’un si important ministère. Ceux que l’on marque plus ordinairement sont saint Rieul, qui était venu d’Orient, saint Marcel, surnommé Eugène, saint Eutrope, saint Lucien, saint Nicaise, saint Quirin, saint Taurin, saint Jonat, saint Saintin et saint Antoine.

Nous savons que quelques auteurs du xviie siècle ont combattu avec beaucoup d’ardeur l’histoire de la mission de saint Denis l’Aréopagite dans les Gaules ; ils prétendent que celui qui a souffert le martyre à Paris, et que nous reconnaissons pour notre apôtre, n’est pas ce célèbre disciple de saint Paul, mais un autre, bien plus récent, envoyé seulement au temps de l’empereur Dèce, et bien avant dans le troisième siècle. Mais il y a un si grand accord entre l’Eglise grecque et l’Eglise romaine, pour assurer que notre saint Apôtre est le même que l’Aréopagite, comme Hincmar, archevêque de Reims, l’a remarqué dans une lettre à l’empereur Charles le Chauve, qu’on ne peut sérieusement le révoquer en doute. La tradition en était déjà fort ancienne sous le règne de Louis le Débonnaire, père du même Charles, ainsi qu’il paraît par ce qu’en ont écrit saint Fortunat, évêque de Poitiers ; saint Eugène II, évêque de Tolède ; le vénérable Bède, très-savant dans l’histoire ecclésiastique ; saint Siméon, surnommé Métaphraste, auteur célèbre de la Vie des Saints ; saint Méthodius, patriarche de Constantinople ; Michel Syngèle, prêtre de Jérusalem ; Anastase le Bibliothécaire, l’abbé Romain, et le Concile de Paris, tenu en 825, dans une lettre au pape Eugène II. Mais elle devint encore plus certaine lorsque Hilduin, abbé de saint-Denis, en France, après une recherche très-exacte, qu’il fit par l’ordre exprès de l’empereur Louis le Débonnaire, en eut fait voir la vérité par des témoignages publics et authentiques, auxquels il n’y eut point de réplique. Depuis ce temps-là, on a été plus de huit siècles dans la même croyance, sans que qui que ce soit s’y soit opposé. Tout le monde, au contraire, était très-persuadé qu’en révérant l’Apôtre des Gaules, on révérait le bienheureux Aréopagite. Il n’y avait que la critique de notre temps, qui s’est fait un point d’honneur de raffiner sur les traditions historiques les mieux reçues, qui fût capable de réveiller cette contestation déjà jugée et assoupie, et de nous disputer de nouveau la gloire d’avoir un si grand homme pour notre premier évêque. Mais quelque effort qu’elle fasse, elle ne détruira pas un sentiment si fortement établi sur l’antiquité et si profondément imprimé dans le cœur des Français. Il y a véritablement quelques difficultés sur cette mission de saint Denis l’Aréopagite en France, comme il y en a sur toutes les traditions anciennes dont on n’a pas marqué assez exactement toutes les circonstances ; mais si l’on veut prendre la peine de lire les savants auteurs qui ont écrit depuis sur cette matière, entre autres Baronius, Sponde, Du Saussay, Germain Milet, Hugues Ménard et Noël Alexandre, de l’Ordre de Saint-Dominique, Mgr Freppel, M. l’abbé Darras, M. Faillon, les PP. Halloix, Lanssel, Cordier, Chifflet, etc., on les y trouvera résolues avec beaucoup de lumières et d’érudition. Sur quel fondement a-t-on voulu établir que le saint Denis de Paris n’est pas le même que le grand Aréopagite, disciple de saint Paul ? C’est que la foi n’a été prêchée dans les Gaules que bien tard sous l’empereur Dèce, comme on prétend le recueillir de Sulpice Sévère et de Grégoire de Tours ; or, ce sentiment n’est nullement soutenable, car il est contre toute vraisemblance. Quoi ! l’Evangile était porté chez les Scythes, les Brachmanes, les Indiens, les Ethiopiens et les Maures d’Afrique ; et les Gaules seules, qui sont à la porte de Rome, auraient été à ce point négligées et abandonnées des Apôtres et des souverains Pontifes, même en des temps où l’Eglise jouissant de quelque trève et n’étant point persécutée par les empereurs romains, il n’y avait rien de plus facile que de les secourir ?

Disons donc que notre saint Aréopagite, étant muni de la bénédiction de saint Clément, partit de Rome et se rendit dans les Gaules. Il arriva premièrement à Arles, où il fit les grandes actions que nous avons marquées dans la vie de saint Rieul et qu’il n’est pas nécessaire de répéter ici. Avant d’en partir, il commença à distribuer sa petite troupe pour la prédication de l’Evangile. Il laissa saint Rieul à Arles et l’en nomma évêque. Il envoya saint Eugène aux Pyrénées et lui confia la conversion des Espagnes. Il députa saint Eutrope en Saintonge, où il avait fait un voyage.

Pour lui, il s’avança vers Paris, méditant dans son cœur la conquête de tout ce grand royaume, non pas le fer et par le feu, comme César l’avait conquis, mais par la force de la parole de Dieu et en versant lui-même son sang pour ceux qu’il voulait acquérir à Jésus-Christ. Alors, le reste de ses missionnaires se partagea. Lucien fut destiné pour Beauvais ; Nicaise et Quirin, pour Rouen ; Taurin, pour Evreux ; Jonas, pour Chartres ; Saintin, pour Verdun ; et Antoine pour le pays de Chartrain. Denis prit pour son ressort, avec Rustique et Eleuthère, ses deux fidèles compagnons, la ville même de Paris ; il y arriva par le côté de la porte Saint-Jacques ; il s’arrêta d’abord à l’endroit où est l’Université, et qui n’était encore qu’un champ en friche, ou un bois désert et inhabité. On s’assembla bientôt autour de lui ; il parla avec tant de lumière et de vigueur de la vanité des idoles et de la nécessité de reconnaître un seul Dieu, créateur du ciel et de la terre, et un seul Jésus-Christ, sauveur et réparateur du monde, qu’il attira bientôt une foule de personnes au Christianisme. Cet heureux succès lui fit prendre la résolution de bâtir quelques oratoires au lieu de sa retraite. Les Antiquités de Paris en marquent quatre. Le premier fut dédié en l’honneur de la très-sainte Trinité, et il était au lieu où fut depuis l’église de Saint-Benoît ; aussi dans la chapelle de Saint-Denis, de cette église, on lisait encore, en 1685, ces mots sur des vitraux : In hoc sacello sanctus Dionysius coepit invocare nomen sactae Trinitatis : « Saint Denis a commencé dans cette chapelle à invoquer le nom de la sainte Trinité ». Le second fut dédié en l’honneur des Apôtres saint Pierre et saint Paul ; c’est celui où sainte Geneviève faisait souvent ses prières, et dont elle procura l’augmentation et l’embellissement auprès du roi Clovis Ier, et où enfin elle fut enterrée : ce qui lui a fait prendre le titre de Sainte-Geneviève. Le troisième fut dédié en l’honneur de saint Etienne, premier martyr ; on l’appelait encore, en 1785, Saint-Etienne des Grecs, à cause de saint Denis et de ses compagnons, qui parlaient grec et étaient venus de Grèce. Le quatrième fut dédié en l’honneur de Notre-Dame. On l’a depuis nommé Notre-Dame des Champs ; les religieuses Carmélites, filles de sainte Thérèse, le possédaient avant la révolution et y renouvelaient par leur innocence et leur ferveur la vie admirable de ces premiers chrétiens de la ville de Paris. Saint Denis y a laissé une petite partie du voile de la Vierge, dont il avait hérité d’elle à l’ouverture de son tombeau, et une de ses images où elle était représentée, tenant son divin Enfant sur ses genoux.

Parmi ceux qui reçurent de sa main le vénérable Sacrement de la régénération spirituelle, le premier et le principal fut un seigneur parisien, nommé Lisbius ; les Montmorency en font la tige de leur illustre maison ; d’où vient qu’ils mettaient ces mots dans leur cri de guerre : « Dieu aide au premier chrétien ! » Ce néophyte, ne pouvant assez reconnaître les obligations qu’il avait à son maître, le pria d’entrer dans la ville et de venir demeurer chez lui. Le Saint ne refusa pas cette occasion que la divine Providence lui offrait pour faire de plus grandes conquêtes. Il établit donc sa demeure dans l’hôtel de Lisbius, et en fit même une église pour conférer le Baptême à ceux qui se convertissaient et pour célébrer les augustes Mystères. On croit que cette église était la paroisse de Saint-Barthélémy, devant le Palais.

La présence de ce grand prédicateur et de ses compagnons avança merveilleusement les affaires de la religion dans l’enceinte de Paris. Il y avait presse à les venir entendre, à se mettre au rang des catéchumènes et à se faire baptiser ; et l’on eût vu bientôt toute la ville abjurer l’idolâtrie et faire profession publique du Christianisme, si Fescenninus, qui gouvernait pour l’empereur, n’y fût accouru pour s’opposer à ces progrès. Ils étaient si connus de tout le monde, qu’il n’eut pas de peine à les découvrir et à les faire prendre. Pendant qu’ils étaient à son tribunal, Larci, femme de Lisbius, leur hôte, qui était toujours demeurée opiniâtre dans le paganisme et les haïssait à mort à cause des professions que faisait son mari pour leur subsistance et celle des fidèles, se fit elle-même leur accusatrice. Elle dénonça aussi son mari comme complice de leurs crimes et coupable d’impiété envers les dieux du pays. Sur cette dénonciation, Fescenninus les envoya saisir et les fit aussitôt comparaître devant lui. Il n’épargna rien pour leur persuader de renoncer à Jésus-Christ et d’adorer Mars et Mercure ; mais, les trouvant inébranlables et disposés à endurer plutôt mille morts que de commettre cette impiété, il fit décapiter sur-le-champ Lisbius, qui mérita, par cette mort, le titre glorieux de premier chrétien de Paris. Pour saint Denis et ses compagnons, il les fit jeter dans les cachots de la prison voisine, qu’on appelait alors la prison de Glaucin, et que l’on a depuis changée en une église sous le nom de Saint-Denis de la Chartre. Cette prison ne fut pas pour eux une simple détention, mais un supplice : car on leur passa la tête dans de grosses pierres percées par le milieu, et on les y attacha de telle sorte, qu’ils étaient obligés de demeurer toujours couchés par terre dans des postures très-pénibles. On voyait encore, au xviiie siècle, une de ces pierres dans la même église, comme témoignage de cette cruauté.

Peu de temps après, ce président les fit revenir devant lui ; et, après les avoir inutilement pressés, tantôt par des promesses, tantôt par des menaces, de consentir à ses volontés, il les fit cruellement fustiger. On ne peut assez admirer la force et la constance du grand saint Denis, qui, âgé de plus de cent ans, endurait ce martyre avec autant de paix et de tranquillité que s’il eût été couché sur un lit de roses. On lui déchira tous les membres à coups de fouet, on lui découvrit même les os, et on le baigna dans son propre sang. Cependant il ne se plaignit jamais, et, s’il sortit quelques paroles de sa bouche, ce ne furent que des paroles de louange et de bénédiction. « Que ma langue », disait-il, « bénisse le Seigneur, et que toutes mes entrailles soient employées à louer sa bonté ». Saint Rustique et saint Eleuthère, qui avaient part aux tourments de leur maître, imitaient aussi sa générosité. Ni la violence des coups, ni les plaies réitérées, ni le sang qu’ils voyaient couler de leurs corps, ne furent capables d’ébranler leur courage et de les faire balancer dans leur résolution. Le tyran, effrayé de cette persévérance, les fit tous conduire en prison, espérant que la douleur de leurs blessures, jointe à l’odeur insupportable du lieu, leur causerait enfin de l’ennui et les rendrait plus soumis aux désirs de l’empereur ; mais il se trouva trompé dans son attente. Les souffrances ne firent qu’augmenter leur ferveur, et ils parurent le lendemain à son tribunal avec plus de joie et de hardiesse qu’ils n’en avaient jamais témoigné. Fescenninus, furieux, fit recommencer sur eux le traitement du jour précédent, et, comme cette cruauté ne servit de rien, il s’arma d’une nouvelle rage, principalement contre le saint Evêque : il le fit étendre sur un gril, sous lequel il commanda d’allumer un grand feu. Nous laissons au lecteur à penser quel fut le martyre de ce vénérable vieillard, lorsque son corps, déjà tout déchiré et ensanglanté, commença à sentir la rigueur de la flamme et à brûler. Il ne fit néanmoins paraître aucun signe de tristesse et de mécontentement ; mais, se soutenant dans ce supplice avec une fermeté inébranlable, il ne fit autre chose qu’implorer la miséricorde de Dieu et s’immoler à sa justice. Les bourreaux eurent ordre aussitôt de le lever de dessus ce lit pour être exposé à des lions ; mais ces bêtes n’ayant osé le toucher, et s’étant au contraire prosternées devant lui pour lui lécher les pieds, il fut jeté dans un four ardent qui devait le consumer en un moment. Notre-Seigneur, qui voulait rendre son martyre encore plus éclatant, le secourut admirablement en cette rencontre. Il amortit l’ardeur de ce four, et le rendit aussi frais et aussi agréable que la fournaise de Babylone, lorsque les trois enfants y furent enfermés. Denis y entra donc, mais il n’en reçut aucun dommage, et il en sortit en meilleur état qu’il n’y était entré. Ensuite, on l’attacha sur une croix, afin qu’il eût l’honneur d’être l’image vivante de Jésus-Christ crucifié. Comme il avait pour la croix les mêmes inclinations que son cher Maître, il en fit aussi les mêmes usages. Il en fit un autel pour se sacrifier, une chaire pour prêcher et un trône pour régner.

Le peuple s’étant assemblé autour de lui, il saisit l’occasion pour leur annoncer le mystère ineffable de la passion du Sauveur et le bonheur qu’elle avait apporté au monde : et il n’eût pas moins fait de conversions sur cet instrument de douleur que dans la chaire de son église, si le président ne l’en eût fait promptement détacher. Tout cela se passa au milieu de la place publique de Paris, qui était alors sur le bord de la rivière, à la tête de l’île du palais, au lieu où l’on a depuis bâti une église sous le nom de Saint-Denis du Pas. On dit que le maître-autel de cette église a été dressé à l’endroit même où le Saint fut étendu sur le gril, et l’on y montrait aussi le lieu de la fournaise où il fut jeté.

Tant de différents supplices n’ayant pu ôter la vie à nos saints Martyrs, ils furent reconduits dans leur cachot, avec quantité d’autres chrétiens qui avaient trop témoigné de zèle pour leur délivrance. Ce fut alors que le bienheureux Prélat parfaitement libre dans ses chaînes, voulut célébrer, pour la dernière fois, l’auguste Sacrifice de la messe, afin de fortifier ses chers enfants et de se fortifier lui-même, par la communion du corps de Jésus-Christ, contre les combats qui leur restaient à endurer. Mais, par une insigne merveille, lorsqu’il fut à la fraction de l’hostie, Notre-Seigneur apparut visiblement à toute l’assistance, et, prenant de ses propres mains son corps, qui était sur l’autel, il le lui donna, lui disant : « Recevez ceci, mon bien-aimé, et ne doutez point de la récompense qui vous attend, vous, et tous ceux qui écouteront votre parole. Vous combattrez vaillamment et vous remporterez la victoire. La mémoire de votre martyre sera immortelle ; et, lorsque vous prierez pour quelqu’un, vous obtiendrez tout ce que vous demanderez ». En même temps, la prison fut remplie d’une admirable lumière, et chaque fidèle ressentit en son âme une ardeur de la foi et un désir du martyre qui n’est pas concevable. La grâce du Sauveur ne se borna pas même à la prison ; elle alla trouver dehors la malheureuse Larcie, pour qui, sans doute, son mari avait prié dans le ciel, et elle lui toucha si puissamment le cœur, qu’elle en fit une sainte pénitente.

Cependant, le lendemain étant arrivé, Fescenninus rappela pour la dernière fois les prisonniers, et, les trouvant aussi fermes et inébranlables qu’auparavant, après les avoir fait encore fouetter, il les condamna à avoir la tête tranchée. On les mena aussitôt du côté septentrional de la ville, sur une colline dédiée à Mercure, que nous appelons maintenant Montmartre, c’est-à-dire mont des Martyrs : et là, en présence d’une infinité de peuple qui fondait en larmes, on leur coupa la tête avec de petites haches émoussées, afin de leur causer plus de douleur. Ce fut le 9 octobre, sur la fin de l’empire de Trajan, ou au commencement de celui d’Adrien, vers l’année 117. Il se fit en même temps un horrible carnage de chrétiens, tant au dedans de la ville qu’aux environs, dans lequel Larcie, qui venait de reconnaître sa faute et de se convertir, fut enveloppée. Elle n’était pas encore baptisée ; mais son sang, répandu pour Jésus-Christ, lui servit de Baptême.

Saint Denis ayant été ainsi décapité, son corps se leva de lui-même, et, prenant sa tête entre ses mains, la porta en triomphe jusqu’au lieu où est à présent la ville de son nom, à deux lieues de Paris. Ce prodige est rapporté, non-seulement par les auteurs récents, mais aussi aux Ménologes des Grecs, et par Siméon Mataphraste, Méthodius, Hilduin, Hugues de Saint-Victor, Nicéphore Calixte, Coelius Rhodiginus et beaucoup d’autres. Pendant sa marche, des anges chantaient avec une mélodie admirable : Gloria tibi, Domine, et d’autres répondaient : Alleluia, alleluia, alleluia. Lorsqu’il eut fait une lieue, il rencontra une pieuse femme appelée Catulle, qu’il avait instruite dans la foi ; entre ses mains il se déchargea du trésor inestimable de sa tête et tomba en même temps à ses pieds. Cette sainte femme eut une joie extraordinaire d’avoir été choisie par ce bienheureux évêque pour dépositaire de ses reliques. Elle les cacha soigneusement dans sa maison, avec celles de saint Rustique et de saint Eleuthère, qu’elle eut l’adresse et le bonheur de recouvrer à prix d’argent.

On le représente recevant sa tête sur les mains et allant la remettre à une femme chrétienne qui tien un linge.

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Published by Sur les Pas des Saints - dans Saint Denis
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