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Texte libre

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" Marthe, pensez-vous que la France ait encore un avenir spirituel ?"
Elle a poussé une sorte de cri et a dit : "Ah, ça j'y crois beaucoup !" Elle l'a dit avec une force dans la voix, comme une jaillissement de son coeur....  
PERE BERNARD PEYROUS   

L’arc-en-ciel de la vocation chrétienne est devenu presque infini ; l’éventail des réalisations de la sainteté le sera tout autant.

Mgr Jean-louis Bruguès, o.p. 

 

Jean-Paul II et la France envoyé par paristocrate 

Biographie de Jean-Paul II envoyé par paristocrate 

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"La chose la plus horrible dans notre monde aujourd'hui, c'est la communion
dans la main"
(Mère Teresa, 23 mars 1989, dans The Wanderer, Pakistan).

Texte libre

imTOU.jpg 

Joli chemin n’allonge pas 

 Prière ne retarde pas, 

Et aumône n’appauvrit pas.   

 

Sous le pommier,

Proverbes de la Terre,

par Henri Pourrat,

éd Dominique Martin Maurin 

 

 ___________________________ 

J'ai rêvé que la vie est joie.
Je me suis réveillé et j'ai vu

que la vie est devoir.
J'ai accompli mon devoir et

j'ai réalisé que le devoir est Joie.  

Tagore 

JMJ SYDNEY 2008
envoyé par Le_Bon_Larron

 ____________________________

 La science prétend aujourd’hui que l’univers est vide et muet Je ne crois pas que l’univers soit muet, je crois plutôt que la science est dure d’oreille…

L’œil qui scrute, qui analyse,
qui dissèque, doit être réconcilié avec l’œil qui vénère et qui contemple…


Il nous faut apprendre maintenant
à vivre en pratiquant à la fois la science et la poésie ;
Il nous faut apprendre à garder 
les deux yeux ouverts en même temps

Hubert Reeves (Il y eut un matin ) 

 


Saint(e)s envoyé par Le_Bon_Larron 
  

Cantique des trois enfants dans la fournaise (Daniel 3, 51 sq, extraits)

Toutes choses germant sur la terre, bénissez le Seigneur !
Sources et fontaines, bénissez le Seigneur !
Vous tous, oiseaux du ciel, bénissez le Seigneur !
Vous tous, bêtes et bestiaux, bénissez le Seigneur !
Vous, enfants des hommes, bénissez le Seigneur !
Vous, saints et humbles de cœur, bénissez le Seigneur !
A Lui haute gloire, louange éternelle!


"Je vous donnerai, dit Jérémie, des pasteurs selon mon coeur." (3,15)

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8 octobre 2010 5 08 /10 /octobre /2010 21:41

CULTE ET RELIQUES.

Abbaye de saint-denis. – ses écrits.

 

Sainte Geneviève, qui avait une dévotion merveilleuse envers les saints Martyrs et visitait souvent leurs sépultures, étant inspirée de Dieu et prévenue d’un secours extraordinaire de sa Providence, fit bâtir sur leurs tombeaux une chapelle de pierre, beaucoup plus ample que celle de bois qu’y avait fait bâtir Catulle. C’est celle où se réfugia Dagobert, encore jeune, pour éviter la colère de Clotaire II, son père, qui le cherchait pour le punir d’un outrage qu’il avait fait à son gouverneur. Pendant qu’il y fut, saint Denis lui apparut en songe, et lui promit de le tirer du danger où il était, s’il voulait s’obliger à faire bâtir en ce lieu une nouvelle église pour placer plus honorablement son corps et celui de ses compagnons. Dagobert s’y engagea, et, depuis, étant arrivé à la couronne, il s’acquitta de son vœu avec toute la magnificence que l’on pouvait attendre du zèle et de la ferveur d’un roi très-chrétien. Notre-Seigneur consacra lui-même cette église avec une troupe de bienheureux esprits, la nuit même que les évêques se disposaient à la cérémonie de la consécration, et il en fit donner l’assurance par un lépreux qui s’y était caché et qu’il guérit de sa lèpre pour rendre un témoignage assuré de cette insigne faveur. Ce fut le 24 février 630, jour de la saint Matthias, selon la supputation de Guillaume de Nangis. Ce prince fit aussi bâtir un monastère joignant cette église, qu’il donna à des religieux Bénédictins, pour être à perpétuité les dépositaires et les gardiens des reliques de son illustre bienfaiteur ; ainsi ce lieu, qui n’était auparavant qu’un petit bourg, appelé le bourg de Catulle, à cause de cette pieuse dame qui avait enseveli ces saints corps, est devenu une ville qui a pris le nom de Saint-Denis.

Au milieu du xie siècle, les religieux de Saint-Emmeran, de Ratisbonne, ayant fait courir le bruit qu’ils possédaient le vénérable corps de saint Denis l’Aréopagite, et qu’il leur avait été donné par le roi Arnould, Henri Ier, qui était alors en France, fit faire une grande assemblée de prélats et de princes à Saint-Denis, pour visiter sa chasse et s’assurer de la vérité. Odon, frère de Sa Majesté, la reine Adèle, les évêques de Meaux et d’Orléans, et quantité d’abbés y assistèrent ; la châsse fut ouverte, et l’on y trouva heureusement tous les ossements du bienheureux Martyr, à la réserve d’un que le pape Etienne III avait emporté. Une odeur merveilleuse sortit de ces précieuses reliques, et parfuma toute l’église. Le roi, ayant appris ce qui s’était passé, vint lui-même nu-pieds de son palais de Paris à cette abbaye, pour honorer cet illustre patron de la France. Un des abbés obtint quelques restes déjà tout usés des voiles dont les ossements avaient été enveloppés, et, les ayants mis sur la tête d’un démoniaque furieux, il le guérit en un instant.

Outre la célèbre église dont nous venons de parler, on en bâtit une autre au lieu même où les Saints avaient été décapités, que l’on nomma pour cela les Martyrs, sur la pente de la colline appelée Montmartre, du côté nord de Paris. C’était au commencement un prieuré de l’Ordre de Cluny, dépendant de celui de Saint-Martin des Champs ; mais le roi Louis le Gros, à la persuasion de la pieuse reine Adèle, son épouse, transféra les religieux de ce monastère à Saint-Denis de la Chartre, dans l’enceinte de Paris, et mit à Montmartre, en leur place, des religieuses Bénédictines, pour lesquelles il fit élever une grande et riche abbaye, qui a toujours été gouvernée par des abbesses illustres par leur piété et par leur naissance. La nouvelle église de ce couvent fut dédiée par le pape Eugène III, qui avait été disciple de saint Bernard et qui eut en cette cérémonie le même saint Bernard pour diacre, et saint Pierre le Vénérable, abbé de Cluny, pour sous-diacre. On ne peut croire le concours de peuple qui allait autrefois continuellement à ce sanctuaire pour y rendre ses vœux au glorieux saint Denis, et pour y baiser la terre qui a été baignée de son sang. Ce fut là que saint Ignace de Loyola mena ses premiers compagnons pour s’y consacrer à Jésus-Christ, et y commencer son Ordre. Les religieux de la grande abbaye de Saint-Denis y portèrent, tous les sept ans, le chef de leur patron avec beaucoup de pompe et de magnificence.

Les Papes, les rois de France et plusieurs autres princes ont rendu de grands honneurs à la mémoire de ce glorieux apôtre des Gaules. Saint Zacharie, confirmant de son pouvoir apostolique l’exemption que saint Landry, évêque de Paris, avait donnée à son abbaye, dit expressément qu’il le fait pour l’amour et en considération d’un si grand martyr. Eugène III ne dédia l’église de Montmartre que par un profond respect envers ce saint évêque qui en devait être le patron. Alexandre III, étant venu en France, visité avec beaucoup de dévotion toutes les chapelles et les reliques de l’abbaye de Saint-Denis ; ce qui donna occasion au remuement prodigieux des ossements de saint Hippolyte. Enfin, le pape Etienne III, s’étant réfugié en France, pour éviter l’oppression des Lombards, choisit sa demeure dans cette abbaye ; puis, y étant tombé si malade que ses propres domestiques commençaient déjà à l’abandonner, il y fut guéri par le même saint Denis, qui lui apparut avec saint Pierre et saint Paul, et le toucha de ses mains sacrées. Une si grande faveur augmenta beaucoup sa dévotion envers ce médecin céleste. Ainsi, il demanda un ossement de son corps, et l’ayant obtenu et emporté à Rome, il y fit bâtir en son honneur une belle église qu’il destina pour les religieux grecs. Il est vrai qu’il n’eut pas le temps de l’achever ; mais Paul Ier , son frère, y mit la dernière main, et, pour satisfaire à l’intention d’Etienne, il en mit les Grecs en possession. On l’appelait communément l’école ou le collège des Grecs.

Nos rois ont commencé à honorer saint Denis dès qu’ils ont commencé d’être chrétiens. Clovis le Grand apprit cette dévotion de son épouse, sainte Clotilde, et l’on tient que c’est de lui qu’est venu cet ancien cri : Mon jou saint Denis, qui veut dire : je ne connais plus Jupiter, mais mon Jupiter est saint Denis. Il a été depuis changé en cet autre : Monjoie-Saint-Denis. Clotaire II pardonna à son fils Dagobert, contre lequel il était extrêmement indigné, en considération de saint Denis, à qui il avait eu recours. Le même Dagobert ne se contenta pas de bâtir une superbe basilique en son honneur ; mais il fit faire aussi trois châsses d’or fin et enrichies d’une infinité de perles précieuses, dont on croit que saint Eloi fut l’ouvrier, pour enfermer ses reliques et celles de saint Rustique et de saint Eleuthère, ses compagnons. Il fit couvrir d’argent la partie du toit de l’église qui devait répondre à ces châsses. Et pour témoigner davantage son respect envers son bienheureux protecteur, il lui fit concession de son royaume, ne voulant plus le tenir qu’en fief et en hommage de lui. En foi de quoi, il mit sa propre couronne sur l’autel de sa chapelle, avec quatre besans d’or, comme un tribut qu’il lui devait en qualité de vassal. Pépin le Bref, premier roi de la seconde race, avait tant d’estime et de vénération pour ses mérites, qu’il ne voulut pas être enterré dans son église, mais seulement au dehors, à l’exemple de Constantin le Grand, qui, au rapport de saint Jean Chrysostome, choisit sa sépulture à la porte d’une église où il y avait des reliques de saint Pierre. Charlemagne, son fils, et le plus glorieux de nos rois, imita la piété de Dagobert ; car, avant de sortir de France pour aller à Aix-la-Chapelle, en Allemagne, il lui fit hommage de ses Etats par quelques pièces d’argent qu’il lui offrit, et par un ordre qu’il donna à ses trésoriers de lui payer tous les ans la même redevance. On ne peut rien ajouter aux éloges que Louis le Débonnaire lui donne dans sa lettre à l’abbé Hilduin. Il y fait un dénombrement des grâces que les rois, ses prédécesseurs, avaient reçues de sa bienveillance, et il avoue que c’est par son pouvoir que lui-même avait recouvré son royaume, dont les princes, ses enfants, l’avaient dépossédé. Charles le Chauve, dernier fils de Louis le Débonnaire, qu’il avait mis en mourant sous la tutelle de saint Denis, ne fut pas moins héritier de cette insigne piété que de sa couronne. Il eut toute sa vie une affection très-tendre pour notre Saint, auquel il eut recours dans toutes les nécessités de son Etat, et, ayant dissipé par son assistance une armée formidable de Danois qui venaient saccager la France, il fit en reconnaissance de grands présents à son abbaye.

Le saint roi Robert, dans un acte authentique de plusieurs donations qu’il fait à ce monastère, assure qu’il y a longtemps qu’il a mis toute sa confiance dans l’intercession de ce Saint et de ses compagnons. Nous avons déjà remarqué que Louis le Gros fit construire en son honneur l’abbaye de Montmartre, près de Paris, et qu’il alla nu-pieds à Saint-Denis pour y vénérer ses reliques ; mais ce qui est plus remarquable, c’est qu’il présenta lui-même ses épaules royales pour les porter, et qu’il ne crut pas faire tort à la majesté de son empire de se charger de ces précieux ossements qui doivent un jour participer à la gloire que l’âme de ce bienheureux Martyr possède déjà dans le ciel. Louis VII, dit le Jeune, fils et successeur de Louis le Gros, se chargea du même fardeau ; et, sachant combien le secours d’un si grand serviteur de Dieu est puissant dans les armées, il ne voulut point quitter la France pour marcher contre les Sarrasins, sans avoir imploré par beaucoup de larmes sa puissante intercession au pied de ses autels et sans avoir reçu au même lieu les étendards bénits qui devaient servir de signal à son armée. Philippe-Auguste fit la même chose ; et, attribuant à saint Denis tous les avantages qu’il avait eus depuis dans la Terre Sainte, il lui en vint rendre des actions de grâces dans sa propre église. Saint Louis, qui avait réuni en lui seul toute la piété de ses ancêtres, ne leur céda point en ces pratiques. Dès qu’il fut sacré, il apporta sa couronne sur l’autel de saint Denis, et, avant de passer en Palestine et en Afrique, il vint dans son abbaye l’intéresser par son humilité et par ses prières dans ces glorieuses entreprises. Enfin, pour ne pas nous étendre davantage, presque tous nos rois de la troisième race et beaucoup de rois des deux précédentes, ont choisi leur sépulture dans cette célèbre basilique de Saint-Denis, et ils lui ont donné tant d’objets sacrés d’un prix inestimable, qu’ils composaient, au xviiie siècle, un des plus riches trésors qui fût en Europe. Le monastère de Saint-Denis avait en dépôt l’Oriflamme, ce célèbre étendard de couleur de feu et parsemé de flammes d’or, que l’on croit avoir été envoyé du ciel, qui était originairement la bannière de l’abbaye de Saint-Denis, et qui, après l’avènement des Capétiens, devint la bannière de la France ; c’est elle qui guidait les Français à la victoire au vieux cri de guerre : Mont-joie et Saint-Denis.

Non-seulement les rois de France, mais des princes et d’autres personnages furent aussi inhumés à Saint-Denis. Des évêques se retirèrent souvent dans ses cloîtres pour y finir leurs jours. Nos rois y firent souvent leur séjour. Il se tint plusieurs assemblées ou conciles à Saint-Denis, savoir, en 997, en 1052, pour constater l’authenticité du corps de saint Denis. En 1382, on tint sous les voûtes de l’abbaye une conférence au sujet des impôts dont l’augmentation avait excité une sédition dans Paris. Le pape Alexandre III permit à l’abbé, vers l’an 1179, de faire usage de la mitre, de l’anneau et des sandales. Guillaume de Gap s’en servit le premier. L’abbé de Saint-Denis était un des principaux seigneurs de France. Hugues Capet était abbé de Saint-Denis et de Saint-Riquier. Cette antique abbaye subit plusieurs Réformes, mais son voisinage de la capitale et la protection spéciale des souverains la préservèrent de ces affreux désastres dont tant d’autres monastères furent victimes. Nous voyons seulement les moines de Saint-Denis s’exiler de leur cloître, au temps des guerres des Normands, et se réfugier à Reims (de 887 à 890) avec les reliques de leur saint patron.

Le rétablissement des commendes dans Saint-Denis au début du xvie siècle plaça successivement dans la chaire abbatiale du monastère neuf princes de l’Eglise, dont le cardinal de Retz devait être le dernier. Dans cette période de plus d’un siècle, les deux palais abbatiaux de Bourbon et de Lorraine furent construits dans la clôture ; dans le même intervalle aussi la mense abbatiale s’accrut aux dépens de celle des religieux, le monastère s’appauvrit, et la discipline monastique ne garda plus de sectateurs dans l’abbaye dégénérée. En 1633, la Réforme de Saint-Maur raviva, mais tardivement, l’esprit de la Règle et le goût des lettres. Cependant, à raison de son contact perpétuel avec le roi et la cour, le monastère, déjà ravagé par les Huguenots pendant la guerre des trois Henri, fut de nouveau presque ruiné durant les troubles de la Fronde. Il aliénait ses domaines pour couvrir ses nombreux emprunts, et ses édifices tombaient en ruines à la mort de l’abbé cardinal de Retz. L’événement qui influa alors davantage sur l’avenir de Saint-Denis ne fut point le report de sa mense abbatiale sur celle de la maison de Saint-Cyr, mais la suppression du titre et de la dignité de l’abbé en 1691. En détachant du monastère tout ce que, depuis tant de siècles, cette dignité avait réuni de prérogatives, de privilèges, de juridiction extérieure, de suprématie et d’autorité sur cette abbaye souveraine, cet arrêt ne lui ôtait qu’un éclat toujours fatal à sa discipline et à sa régularité ; mais, en lui enlevant son chef, il la privait subitement de son protecteur obligé et de la puissance la plus intéressée et la plus apte à défendre. Du reste, son temps était fini. La Révolution fançaise, qui déjà grondait sourdement, décida la chute de cet arbre chargé de siècles, mais bouillonnant de jeune sève à cette heure où il reverdissait.

C’est à l’expiration du xviie siècle que les Bénédictins de Saint-Denis s’occupèrent sérieusement de démolir leur abbaye pour accomplir la reconstruction de ses édifices. La démolition du vieux monastère commença en 1700, sous le grand priorat de Dom Augustin de Loo, et les travaux se poursuivent sous seize autres grands prieurs successifs, dont les plus actifs furent Dom de Saint-Marthe, Dom du Biez et Dom de Malaret. Le plan du nouveau monastère est l’œuvre de Robert de Cotte, élève du Hugues Mansart ; celui des bâtiments circulaires qui environnent la cour d’honneur est dû à un autre architecte son successeur, Christofle père. Les dortoirs du sud et de l’est, la salle capitulaire, le parlement et le réfectoire furent inaugurés en décembre 1718 ; l’hôtellerie, après sept ans seulement avant l’époque où les maîtres de ces demeures subirent l’exil et la mort.

L’année 1789 fut l’époque des premiers effets des passions populaires dans la ville de Saint-Denis. Le 16 septembre 1792, la basilique fut déclarée église paroissiale par l’autorité séculière, et reçu un clergé étranger. C’est un an plus tard seulement qu’eurent lieu le pillage et l’enlèvement du trésor, le dépôt le plus rare et le plus magnifique qui fût alors en France. Un mois après , un décret émané de l’autorité déclarait que la ville de Saint-Denis s’appellerait dorénavant Denis-Franciade. Le 6 août 1794, commença la violation et la spoliation des tombes royales. Ce sacrilège sans exemples se prolongea plus de deux mois. Dans le cours de cette année désastreuse, la basilique profanée avait vu substituer dans ses murs les fêtes décadaires aux cérémonies chrétiennes. Tour à tour temple de la Raison, dépôt d’artillerie, théâtre de saltimbanques, magasin de fourrages, dépouillée de ses vitraux, de ses monuments et de sa toiture, elle recéla quelque temps des moulins à bras. On en établit simultanément dans l’intérieur de l’abbaye, devenue le siège du club révolutionnaire et des administrateurs du district. L’année 1795 balaya ces envahisseurs, et le monastère fut transformé en hôpital militaire pour les blessés des armées républicaines.

Aujourd’hui les anciens bâtiments claustraux sont occupés par la maison d’éducation des filles des membres de la légion d’honneur, et la vénérable basilique de Saint-Denis brille à son tour d’un nouvel éclat. Grâce à une habile restauration, à laquelle se sont empressés de concourir tous les gouvernements qui se sont succédé depuis cinquante années, elle rappelle aujourd’hui son ancienne magnificence. Un illustre Chapitre de Chanoines, attaché à ce poste d’honneur est chargé de prier sur les tombes de nos rois.

Saint Suibert, apôtre des Frisons, le bienheureux Notger, évêque aux Pays-Bas, et sainte Edithe, sœur de saint Edouard, roi d’Angleterre et martyr, firent tous trois bâtir des églises magnifiques en son honneur. Un autre saint Edouard, aussi roi d’Angleterre et confesseur, fit présent à son abbaye de France d’une seigneurie fort considérable au comté d’Oxford ; sainte Brigitte mérita que ce glorieux apôtre des Gaules apparût pour lui déclarer les volontés de Dieu sur sa personne et sur celle du prince Wulfon, son mari ; la vénérable Adèle, femme de Louis le Gros, étant devenue veuve de ce roi, se retira à Montmartre, où elle passa le reste de sa vie dans le service du Saint.

Plusieurs martyrologues, entre autres ceux d’Usuard et l’ancien romain de Rosweide, marquent deux fois la mémoire de saint Denis, à savoir : le 3 octobre à Athènes, et le 9 du même mois à Paris. Mais il ne faut pas inférer de là que celui d’Athènes et celui de Paris sont deux Saints différents, comme on ne distingue pas beaucoup d’autres Saints qui sont marqués deux fois dans un même martyrologe. Usuard en a usé ainsi, parce qu’il a trouvé la fête de cet illustre Martyr célébrée par les Grecs et les Latins en divers jours ; ce qui n’est que trop ordinaire en une infinité d’autres Saints.

On gardait, avant la Révolution française, les reliques de saint Denis, de saint Rustique et de saint Eleuthère dans trois châsses d’argent, à l’abbaye de Saint-Denis. A cette époque, le trésor de l’abbaye fut pillé, mais les saintes reliques furent sauvées de la profanation par dom Warenflot, religieux de la maison, cachées avec soin et déposées ensuite dans l’église paroissiale de Saint-Denis, en 1795. Elles furent transférées avec beaucoup de solennité dans l’église de l’ancienne abbaye, le 26 mai 1819, et elles y sont maintenant conservées dans des châsses de bronze doré. L’église métropolitaine de Paris possède un ossement de son saint fondateur.

Dans le diocèse de Soissons, au village de Longpont (Longus pons), à trois lieus de Villers-Cotterets, se conserve religieusement, non pas caput integrum, comme le disent peu exactement les Bollandites, mais le crâne tout entier de saint Denis l’Aréopagite, et cela depuis l’année 1205, sans interruption ni conteste.    

Voici l’origine et les preuves de son existence dans l’abbaye des Bernardins de Longpont. Nivelon Ier de Cherizy, cinquante-neuvième ou soixantième évêque de Soissons (1175-1207) et ancien chanoine de la cathédrale de la même ville, se croisa en 1202, sous le règne de Philippe-Auguste, accompagna les croisés à Constantinople et joua un grand rôle dans cette expédition qui est la quatrième croisade. Après la prise de Constantinople, il présida l’assemblée des douze électeurs qui choisirent pour empereur latin de cette ville le seigneur Baudouin, comte de Flandre et de Hainaut. Ce fut l’évêque de Soissons qui le couronna dans l’église de Sainte-Sophie. Nivelon profita de cette circonstance pour enrichir de diverses reliques sa cathédrale et plusieurs églises de son diocèse. Il apporta lui-même à l’abbaye, apud Longum pontem : Caput beati Dionysii Areopagitae, cum unâ cruce de ligno Domini. Tels sont les propres termes qu’on peut lire encore à la bibliothèque impériale de Paris, dans un manuscrit du xiiie siècle, appelé Rituel de Nivelon. La société archéologique de Soissons l’a fait imprimer en 1856. Il forme un magnifique vol. in-4e rouge et noir.

A partir de Constantin, les empereurs grecs avaient réuni beaucoup de reliques dans la chapelle impériale. C’est de cette chapelle même que Nivelon a tiré le chef de saint Denis l’Aréopagite, et c’est l’empereur Baudouin qui, par un sentiment de reconnaissance, le lui a cédé avec beaucoup d’autres reliques. La relique de Longpont est le crâne, c’est-à-dire le sinciput ou le front, l’occiput et les deux côtés sans aucune fracture (sine ullâ fracturâ) de saint Denis. Les mots grecs suivants se lisent sur le crâne : Keyxah tom agiou Dionmsiom Dreopagit. (Ce dernier mot n’est pas achevé. Lécriture paraît très-ancienne. Il n’est pas étonnant que Longpont ait eu la préférence pour la possession de cette relique, les père et mère de Nivelon étant seigneurs de ce village.

Il est fait mention de cette portion de tête dans tous les ouvrages qui parlent de l’abbaye de Longpont. On lit dans une ancienne prose : Nostri tenent coenobitae caput Areopagitae. Mudrac, dans son Chronicon, imprimé en 1652, dit : Coenobium Longipontis parte notabili capitis S. Dionysii Areopagitae exornavit (Nivelo). Or, Muldrac était religieux de Longpont depuis l’âge de seize ans. Dans son Valois-Royal, édité en 1662, il dit : « Longpont se console encore de posséder une bonne partie du chef de saint Denis, Aréopagite ». Les bréviaires du diocèse, celui de Charles Bourlon, sous Louis XIV ; celui de M. de Fitzjames en 1742 ; le bréviaire de Paris en 1700, constatent le même fait. De plus, le général de l’Ordre de Cîteaux ayant demandé, en 1690, qu’on fit une reconnaissance authentique de cette relique, la châsse fut ouverte et on trouva que tout était conforme à ce que nous avons indiqué plus haut. Les Bollandistes, dans le 2e tome d’octobre, édité en 1780, transcrivaient en entier le procès-verbal dressé à cette occasion, et qui est signé de noms connus dans la contrée : MM. Quinquet et Lallouette. L’Histoire du Valois, par Carlier, fait également mention de cette relique comme existant à l’abbaye de Longpont.

A l’époque désastreuse de la révolution de 1793, le chef de saint Denis et la petite châsse ou coffret qui le renfermait ont été sauvés du pillage, cachés soigneusement par la famille du sacristain et portier du couvent. C’est un fait qui est de notoriété publique dans le pays. Au rétablissement du culte ce précieux trésor fut remis au curé chargé de desservir la paroisse de Longpont, lequel l’a transmis religieusement à ses successeurs.

Le petit coffret qui renferme encore aujourd’hui le crâne de saint Denis l’Aréopagite est celui-là même qui l’a renfermé depuis le xiiie siècle. Sa structure porte tous les caractères de cette époque. Il est en argent damasquiné, d’un travail exquis, long de vingt-deux centimètres sur treize de large. Avant la révolution, ce coffret d’argent était renfermé dans une autre châsse d’ivoire artistement travaillée et ornée de cristaux et de statuettes en argent. Aujourd’hui ce même coffret est au milieu d’une châsse de bois doré, de cinquante-six centimètres de long sur trente-neuf de large. Le comble est surmonté d’un clocheton terminé par une croix.

Le dimanche 4 octobre 1846, Mgr Jules-François de Simony, quatre-vingt-treizième évêque de Soissons, s’est transporté lui-même à Longpont, et là, en présence d’un nombreux clergé et des divers membres de la famille de M. le comte de Montesquiou, il procéda à la reconnaissance solennelle de la relique. Après l’audition des témoins qui l’avaient vénérée avant la révolution et de ceux dont les parents avaient contribué à la soustraire à la profanation, le chef de saint Denis l’Aréopagite fut déclaré authentique, procès-verbal fut dressé et signé par l’évêque et par toute sa noble assistance ; enfin le sceau épiscopal fut apposé sur la double châsse que l’on peut voir exposée, près de celle de Jean de Montmirail, dans l’église du château qui sert au culte paroissial. La magnifique église du monastère était presque aussi vaste que la cathédrale de Soissons. Elle avait trois cent vingt-huit pieds de long, quatre-vingt-deux de large, quatre-vingt-quatre d’élévation et cent cinquante-cinq pieds à la croisée. Ses majestueuses ruines et les curiosités du château attirent chaque année à Longpont de nombreux visiteurs.

 

Les écrits qui nous restent de saint Denis sont : Ses livres de la Hiérarchie céleste, de la Hiérarchie ecclésiastique, des Noms divins et de la Théologie mystique, avec huit lettres à diverses personnes ; mais nous avons perdu ce qu’il avait écrit de la théologie symbolique, de l’âme, des hymnes sacrées, des informations de la théologie, du juste jugement de Dieu et des choses qui se connaissent par le sens ou par l’intelligence. Le cardinal Bellarmin, parlant de ceux qui restent, ne fait point difficulté de dire que les hommes doctes et catholiques tiennent indubitablement qu’ils sont de saint Denis l’Aréopagite, et qu’il n’y a que les hérétiques avec quelques demi-savants qui le nient. Ce n’est pas ici le lieu d’établir cette vérité historique : disons seulement que les papes saint Grégoire le Grand, saint Martin, saint Agathon, Adrien et Nicolas Ier, et plusieurs conciles généraux avec un grand nombre de Pères et de Docteurs, entre autres saint Sophrone, patriarche de Jérusalem, saint Anastase le Sinaïte, le bienheureux Albert le Grand, saint Thomas et saint Bonaventure lui ont attribué ces ouvrages. Il semble même que Dieu ait voulu confirmer cette vérité par des miracles : car, lorsque ces précieux livres, dont l’empereur Michel le Bègue envoya les manuscrits à Louis le Débonnaire, furent apportés à Saint-Denis par un de ses légats, Théodore, diacre et économe de l’Eglise de Constantinople, la nuit même il se fit, par leur vertu, dix-neuf guérisons miraculeuses sur des personnes fort connues et qui ne demeuraient pas loin de l’abbaye ; deux siècles après, saint Mayeul, abbé de Cluny, étant venu à Saint-Denis, et ayant demandé le livre de la Hiérarchie céleste pour le lire, la bougie qu’il tenait à la main, et qu’il laissa tomber dessus par assoupissement, s’usa et se consuma entièrement, non-seulement sans le brûler, mais même sans y laisser aucune tache. Les ouvrages de saint Denis ont été traduits par Mgr Darboy, archevêque de Paris.

 

Nous avons complété cette biographie, avec des Notes dues à M. Henri Congnet, du chapitre de Soissons, et avec l’Histoire de l’abbaye de Saint-Denis, par Mme Félicie d’Ayzac. – Cf. Baronius ; Siméon Métaphraste ; Methodius ; le R.P. Pierre Halloix, et l’abbé Darras : Saint Denis l’Aréopagite, un vol. in-8°, Paris, Louis Vivès, 1863.

 

Tiré des volumes « LES PETITS BOLLANDISTES » VIES DES SAINTS 1878

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Published by Sur les Pas des Saints - dans Saint Denis
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